jeudi 27 août 2009

Nos morts là-bas dorment casqués de certitude […] nous aussi nous dormons casqués de certitude

Patrick Goyette dans le film "La Bataille de Normandie"

À ceux-là

Nos morts là-bas dorment casqués de certitude

Épaves promises à tous les rivages rêvés
ils partirent un matin à la dérive
dans le plis du grand fleuve qui bouge vers la mer
ils partirent déjà délestés de leur nom
comme la vague qui court à sa brisure n’a déjà plus de visage

Nos morts là-bas dorment casqués de certitude

Dans le ventre de la terre qui les aspire
par les boyaux les artères les entrailles
ils retournent à la glaise du chaos
au vacarme premier des fossiles en marche
au cri que pousse la planète naissante
au velours de la pâte aux bulles du possible

Nos morts là-bas dorment casqués de certitude

Leurs yeux perlent à l’orient de l’ombre
au flanc du sommeil où dormir à perte d’ennui
corps qui se dissolvent dans l’anonymat
ils s’allègent d’eux-mêmes s’abîment
dans l’espace où bruissent encore d’autres espaces
se figent dans la glace et le sel d’un instant énorme

Nos morts là-bas dorment casqués de certitude

Frères désertés de l’humaine transhumance
morts inaccessibles à notre quête
morts indubitables morts de fragrance
morts acquittés de notre agonie
frères inhumains frères surhumains
ô frères dans la mort criez criez quand l’aile de l’effraie frôle nos tempes

Nos morts là-bas dorment casqués de certitude

Rivés au chambranle de nos limbes livides
où ronronnent tes moulins jaculatoires de la bêtise
où marmonnent les apothicaires de la démence
où la carapace de neige et de peur nous pressure
nous incruste dans la nacre et l’os du silence
nous fossilise pour les temps qui ne viendront jamais

Nous aussi nous dormons casqués de certitude

Poaime écrit par Jacques Brault pour son frère tué en Normandie. Il est professeur émérite de l’UdeM il a reçu plusieurs distinctions : Prix Duvernay, Prix Alain-Grandbois, Prix Athanase-David et le Prix du Gouverneur Général du Canada.

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